Université Paris-Est Créteil ; Ecole Supérieure Montsouris

Former des coordinateurs de parcours ne consiste pas à leur transmettre un catalogue de dispositifs.
Cela consiste à les entraîner à penser la complexité.
Cette semaine, j’intervenais auprès des étudiantes du DU Management et Parcours de Soins – option Coordination de Parcours de soins.
Au programme :
– Le matin : le grand virage ambulatoire et l’évolution du lien ville–hôpital
– L’après-midi : une simulation immersive de coordination en situation complexe
Matin : le grand virage ambulatoire
Nous avons retracé l’évolution historique du système de santé français :
municipalisation des hôpitaux, réforme Debré, T2A, HPST, Article 51, création des DAC Cours Master MES – Parcours de ….
Quelques constats :
- Diminution des lits d’hospitalisation complète
- Augmentation des hospitalisations partielles
- Vieillissement de la population
- Explosion des ALD
- Multiplication des intervenants pour un même patient complexe
La coordination n’est plus un luxe.
C’est une nécessité structurelle.
Après-midi : un dossier progressif immersif
Nous avons travaillé sur une situation clinique complexe
- Homme de 48 ans
- Dialyse chronique
- Vulnérabilités psychiatriques et sociales
- Suspicion de cancer colique
- Refus d’examen
- Tension éthique sur la chirurgie
- Question de proportionnalité de la dialyse
L’objectif n’était pas de faire un staff médical.
L’objectif était d’apprendre à :
- Prioriser
- Identifier les ruptures
- Nommer un pilote
- Organiser une discussion collégiale
- Produire une synthèse transmissible
- Anticiper le week-end
Un moment particulièrement intéressant a émergé au fil de la simulation.
Comme souvent dans les situations complexes, la discussion s’est d’abord structurée autour des options thérapeutiques : chirurgie, traitements, prescriptions, décisions techniques.
Puis, progressivement, le groupe a pris conscience qu’avant même de décider quoi faire, il était nécessaire de clarifier pourquoi et dans quelle intention.
C’est là que le cœur du travail de coordination apparaît.
Coordonner, ce n’est pas ajouter des actes.
Coordonner, c’est structurer le sens.
Stabiliser les objectifs de soins.
Identifier le niveau d’engagement thérapeutique.
Partager une intention commune avant d’organiser l’action.
Et c’est précisément ce déplacement — du “faire” vers le “penser ensemble” qui transforme une prise en charge en véritable parcours.
La leçon centrale
La question n’est pas :
« Est-il en soins palliatifs ou pas ? »
La question est :
« Avons-nous un objectif de soins partagé, proportionné, traçable et transmissible ? »
Conclusion
Former des coordinateurs, c’est les entraîner à :
- Penser systémique
- Décider en incertitude
- Anticiper les ruptures
- Protéger la continuité
Et surtout :
Ne jamais oublier que derrière chaque parcours complexe, il y a une personne vulnérable… et un système qui doit s’adapter.


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